La vitesse maximale aérobie, c’est la plus petite allure à laquelle le corps d’un athlète atteint sa consommation maximale d’oxygène. En dessous, la conso d’O2 monte encore avec la vitesse. À ce point précis, on est au max. Au-delà, ça ne monte plus et le surplus vient de la filière anaérobie lactique. Un joueur tient généralement entre quatre et huit minutes à ce rythme-là, pas plus. C’est mathématique et physiologique à la fois.
Pour un coach de jeunes, ce chiffre n’est pas juste un truc de labo. C’est l’outil qui permet de savoir exactement où en est chaque gamin, de doser les efforts sans les cramer et de mesurer si le boulot paye vraiment. J’ai coaché assez d’U17 et d’U19 pour voir la différence entre ceux qui progressent et les autres : les premiers savent où ils en sont, les seconds courent à l’aveugle.
Pourquoi la VMA change la façon dont tu entraînes
Sans ce repère, tu donnes des allures au feeling. Avec, tu individualises. Tu sais qu’un joueur à 15 km/h de VMA ne peut pas tenir la même chose qu’un autre à 18. Tu adaptes les pourcentages, tu évites les blessures inutiles et tu donnes du sens aux séances.
Le point c’est que la VMA te dit aussi ce que tes joueurs sont capables de produire sur des efforts de cinq à dix minutes. C’est utile en foot, en course, en rugby, partout où l’endurance aérobie compte. Et honnêtement, dans mes équipes, ceux qui ont la meilleure VMA sont rarement les plus talentueux au départ. Ce sont ceux qui ont transpiré le plus intelligemment.
Comment calculer la vitesse maximale aérobie sans passer par un labo
Sur le terrain, deux tests reviennent tout le temps et ils marchent vraiment.
Le plus simple : le test des six minutes, ou demi-Cooper. Tu fais courir tes joueurs le plus loin possible sur une piste plate pendant six minutes, allure régulière et maximale. Tu mesures la distance en mètres. Tu divises par cent. Tu obtiens directement la VMA en km/h. Exemple concret : 1480 mètres parcourus, VMA à 14,8 km/h. C’est rapide, ça se fait en groupe et ça donne déjà une idée très correcte.
L’autre que j’utilise beaucoup avec les équipes : le test Vam-Eval. Tu balises la piste tous les vingt mètres. Tu passes une bande son qui impose le rythme. Ça commence autour de huit km/h, puis la vitesse monte de 0,5 km/h toutes les minutes. Les joueurs doivent arriver pile au plot au moment du bip. Dès qu’un gars prend plus de deux mètres de retard sur trois plots d’affilée, tu l’arrêtes. Sa VMA, c’est la vitesse du dernier palier qu’il a validé. Ce test est progressif, standardisé et parfait pour tout un groupe. Je le fais passer tous les trois ou quatre mois. Ça permet de voir qui monte, qui stagne et qui a besoin d’un coup de pied aux fesses.
D’autres tests existent, comme le Cooper en douze minutes ou des versions navette, mais ceux-là suffisent largement pour 95 % des coachs sur le terrain.
Est-ce que 14 km/h c’est bien ? Quelles sont les valeurs réalistes
Tout dépend du niveau, de l’âge et du sport. Arrêtons de comparer des choux et des carottes.
Pour des coureurs amateurs réguliers, une VMA entre 15 et 18 km/h, c’est déjà du solide. Entre 16 et 20, on parle de bon niveau. Au-dessus de 20-21, on est dans du très bon, voire élite selon l’âge.
Côté foot, les chiffres sont un peu différents parce qu’on n’est pas sur des coureurs purs. Chez les U17 nationaux, la moyenne tourne autour de 16,8 km/h. En U19 et en pro Ligue 1 ou 2, on est plutôt entre 17,5 et 18 km/h en moyenne. L’équipe de France 1998 était à 18,3 km/h. Donc oui, 14 km/h pour un U17, c’est dans le bas. Pas dramatique, mais ça veut dire qu’il y a du travail. J’ai vu des gamins passer de 13,5 à 16,5 en une saison avec les bonnes séances. Ceux qui restent à 14, souvent c’est parce qu’ils s’entraînent toujours à la même intensité ou qu’ils zappent la récupération.
Le truc, c’est de ne pas se voiler la face. Un chiffre bas n’est pas une fatalité. C’est juste un point de départ.
Comment faire monter la VMA de tes joueurs
On n’améliore pas la VMA en courant toujours à la même allure. Il faut du travail ciblé à haute intensité, mais pas n’importe comment.
Les séances qui marchent vraiment : des intervalles courts à 90-105 % de la VMA avec des récupérations actives courtes. Par exemple, 6 à 8 fois 30 secondes à 100-105 % avec 30 secondes de trottinement. Ou 4 à 5 fois 3 minutes à 92-97 % avec 2-3 minutes de récup. L’idée est de passer le plus de temps possible à VO2max sans que le joueur explose.
Je mélange toujours avec du travail de base en endurance fondamentale, en dessous de 70-75 % de VMA. Sans ça, le moteur s’encrasse. Et je rappelle à mes joueurs que la technique de course compte aussi. Un gars qui gaspille de l’énergie avec une foulée pourrie, il perd des points de VMA pour rien.
Le plus important : la régularité. Deux séances spécifiques par semaine pendant plusieurs semaines, ça bouge l’aiguille. Un test tous les trois mois pour ajuster. Et zéro excuse sur la récupération et le sommeil. Ceux qui dorment cinq heures et qui arrivent en mode zombie, ils ne progressent pas. Point.
Utiliser la VMA au quotidien dans tes plans d’entraînement
Une fois que tu as le chiffre, tu t’en sers pour tout calibrer.
Endurance de base : 65-75 % de VMA. Longues sorties tranquilles où on parle encore.
Seuil ou allure marathon : autour de 82-88 %.
Travail spécifique VMA : 90-100 % et un peu au-dessus pour les plus costauds.
Fractionné très court pour la puissance aérobie : 105-115 % avec récup ultra-courte.
En foot, je construis des jeux réduits et des courses intermittentes à ces pourcentages. Les joueurs comprennent vite le lien entre le test et ce qu’on fait sur le terrain. Ça motive. Ils voient que quand ils bossent dur, le chiffre monte et leurs performances en match suivent.
Les erreurs que je vois tout le temps
Trop de haute intensité sans base solide. Les gamins arrivent crevés et ils stagnent.
Tester une fois par an et ne rien changer entre-temps. La VMA évolue. Il faut suivre.
Comparer tout le monde au même pourcentage sans tenir compte de l’individu. Un joueur qui a 14 km/h de VMA ne fait pas la même séance qu’un autre à 18.
Et puis il y a ceux qui croient que le talent remplace le travail. Je hurle sur le bord du terrain pour ça. Le talent sans transpiration, ça ne va nulle part.
La vitesse maximale aérobie n’est pas magique. C’est un outil. Tu l’utilises bien, tes joueurs progressent. Tu l’ignores ou tu le fais mal, ils tournent en rond.
Transpire aujourd’hui, gagne demain. C’est aussi simple que ça.